Mardi 11 mars 2008
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14:39
La même voix, toujours sur le même ton, qui égrenne un à un toujours les mêmes noms, toujours dans le même ordre, et le mien, toujours à la fin...parfois pas.
Je suis assise un peu à l'écart sur un petit banc, tout petit. Je suis un peu recroquevillée, je serais certainement plus à l'aise sur un de ces bancs posés au beau milieu de la pièce,
plus grands et plus stables. Mais je me sens mieux sur ce petit banc, j'imagine mon fils assis sur ce même banc, je l'imagine écoutant sagement (ou pas!) les consignes de l'instutrice.
Les noms s'égrennent toujours, mon regard cherche à quoi s'accrocher:
... une partie du mur de l'école, celle-là même où j'ai tant appris: la table des 6, l'histoire des Gaulois, la germination, la différence entre "ses" et "ces", jouer à la tique et sauter à
l'élastique,...
Celle-là même où mes enfants à leur tour apprennent les mêmes choses, dans les mêmes classes.
.... le clocher de l'église où je n'ai dû entrer qu'une seule fois, à l'occasion de la communion de ma meilleure copine de CM2.
... le terrain de hand derrière l'école... Tiens, les buts sont maintenant en métal et surmontés de panneaux de basket... je n'avais jamais remarqué, je continuais à les voir en bois et
peints en rouge et blanc comme il y a 20 ans... Ah, le match de hand! C'était un évènement chaque semaine!
.... mes nouvelles chaussures, je les adore! Je ne regrette absolument les.... 1 € qu'elles m'ont coûtées! (merci Ebay)
... le mur du préau de l'école...on peut encore y voir les traces de la vieille remise en tôle et ses immenses portes en bois qui se transformaient en formidables but de foot deux fois par jour, il
y en a eu des finales de Coupe de Monde jouées ici! La remise a été démolie il y a 4 ans: trop branlante, trop dangereuse.
.... les placards blancs au fond de la salle, par une porte mal refermée on peut apercevoir des cerceaux, des cônes, un ballon en mousse. Sur les placards des cartons alignés bien sagement, on peut
y lire "Marché de Noël", "Fête des écoles", "Tissus", "Vaisselle jetable", sur l'un deux je reconnais mon écriture...
... la cabane en bois qui trône fièrement au milieu de la cour depuis 20 ans, depuis que mon père l'y a déposée après l'avoir fabriquée. Combien d'enfants y ont embrassé leur amoureuse pour la
première fois?
... le rideau de l'isoloir, rideau d'un vert très...vert... Je suis sûre qu'il y a une conseillère municipale qui a été ravie de faire don de ce tissu!
Les noms s'égrennent toujours.... Je suis toujours là, me sentant parfois comme une petite fille perdue dans un monde d'adultes ...
Mais je ne peux plus reculer, même si la peur m'a saisie ce matin, peur que le village ne me veuille pas, peur de ne pas être à la hauteur.... toujours ce fichu manque de confiance en moi que je
dois combattre chaque jour.
Retour sur les dalles de la petite salle de sport de l'école transformée pour l'occasion en bureau de vote, retour sur les marques de chaussures laissées par mes enfants et leurs copains... je peux
les voir courrir, sauter, faire des pas chassés au rythme du tambourin tenu par la maîtresse... je peux voir tous leurs visages, il y a Théo, Antoine, Léa, Candice, Samuel, Lou, Félix,....
Voilà, je me souviens maintenant pourquoi j'ai voulu être ici aujourd'hui: c'est pour eux, pour mes loulous et leurs copains. Pour que ce village soit le leur, pour qu'il puissent y grandir et y
apprendre sereinement, pour qu'ils puissent y être heureux, autant que je le fût et que je le suis encore.